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On n’est pas des bœufs 28 avril 2011

Posted by kokomag in Edito - KoKomaG.
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Camarade ! Tu as sous les yeux la dernière livraison de KoKomaG ! Le brin de muguet du S.P.E.C.T.R.E.
Alors que l’on affute les drapeaux en vue du rendez-vous annuel devant « Le Saint d’Hic« , encore beaucoup trop de forçats du travail souffrent de burn-out, comme nous le verrons ici plus bas.
Mais avant de plonger dans l’analyse pertinente, n’oublies pas d’imprimer ce numéro et de venir le distribuer avec nous ce dimanche.
Peut-être auras-tu la chance d’avoir notre numéro, spécial A3, richement décoré.

Et puisque c’est fête, qui a dit : « La révolution est comme une bicyclette
,quand elle n’avance pas elle tombe. »
a) Eddy Merckx
b) Mahmoud Ahmadinejad
c) Ernesto « Che » Guevara
d) Obi-Wan Kenobi

On n’est pas des bœufs

Les temps modernes - charles chaplin 1936

Si seulement on pouvait se passer de ces humains et de leur exigence relationnelle. Regardez les Chinois ou les Indiens, ils ne font pas tant d’histoire….

Le 26 avril 2011, à quatre jours du 1er mai et de la fête du Travail, un salarié de 57 ans s’est immolé par le feu au pied de son lieu de travail. Père de quatre enfants, il était pourtant proche de la retraite quand il a pris sa funeste décision. Ironiquement, Rémy L. travaillait à l’agence professionnelle de Bordeaux, comme « préventeur », un barbarisme signifiant qu’il était expert en hygiène et sécurité des salariés.

Si seulement il s’agissait d’un cas unique, nous pourrions admettre que ce drame soit la conclusion malheureuse d’une situation particulière. Mais, la direction de France Telecom a déjà dénombré 32 suicides de salariés de 2008 à 2009. « Ce chiffre a été communiqué, en toute transparence à l’inspection du travail » (1)Pour Stéphanie Bia qui écrit dans le journal du CNRS, c’est 300 à 400 salariés qui se suicideraient en France chaque année sur leur lieu de travail. Une estimation faite d’après la seule enquête quantitative menée en 2003 par l’inspection médicale de Basse-Normandie. (2)

Suicides au travail, mode d’emploi – http://www.liberation.fr/economie/06011927-suicides-au-travail-mode-d-emploi – documentaire audio de Sophie Bruneau – Durée:46’45

N’y aurait-il pas comme un problème ? Même s’il y a peu de chiffres les conditions qui peuvent conduire au suicide dans le monde des entreprises semblent être généralisées partout en Europe, comme le relève un article de Dimitri Haikin publié sur psy.be :

« Les études européennes les plus récentes liées au stress (2009) démontrent que les problèmes ne font que s’accentuer. 29% de salariés européens interrogés déclaraient des problèmes de santé liés au stress. » (3)

Dans le reportage radiophonique de Sophie Bruneau. Le directeur du centre de prévention du suicide à Bruxelles, Axel Geeraerts, nous parle de causes structurelles liées à des choix spécifiques en matière de management et de gestion des ressources humaines. Trois éléments principaux sont directement à mettre en relation avec la dégradation des conditions de travail et l’ambiance délétère qui peut régner dans certains « open-space ».

Pour Axel Geeraerts, le premier élément propre à la GRH qui déstructure les relations sociales sur le lieu de travail, c’est : l’évaluation individualisée des performances. Pour réussir ses évaluations tous les coups sont permis, l’enjeu est de taille, il s’agit ni plus ni moins que de conserver son emploi.

Le second élément qui participe à la génération du stress au travail c’est un autre slogan des jeunes loups du management : la qualité totale. Il s’agit de prétendre qu’un système bien conçu ne peut pas tomber en panne, que les ordinateurs n’ont pas de bug, etc. L’humain est faillible, la machine non. Ce fantasme entraine deux conséquences.
Premièrement : s’il y a une panne, c’est forcément dû à une cause humaine.
Deuxièmement : les entretiens sont repoussés, le matériel est bricolé pour le faire fonctionner, augmentant d’autant la probabilité qu’une panne survienne.
Le stress de cette pratique provient du fait que personne dans ce système ne veut être celui qui dit : « mais ça ne fonctionne pas ». Car, cela sonnerait comme un aveu d’échec personnel aux yeux de la direction.

Le troisième élément c’est la flexibilisation et la malléabilité du matériel humain. Les opérateurs, ouvriers, employés seraient interchangeables et adaptables aux différents postes de travail désignés par la GRH. Ce système entraine de fréquents changements de poste. Il est impossible pour le travailleur de s’investir de son travail ce qui le met en contradiction directe avec les exigences de l’élément premier, l’évaluation individualisée des performances.

Si la perversion de ce système saute aux yeux, elle se justifie pour les COE par la course au profit. Pour se maintenir dans la course, tout est permis justifiant une absence totale de considération pour les relations humaines et un rejet pathologique de toute empathie de la part des jeunes directeurs et cadres.

« J’ai commencé à perdre pied sans m’en rendre réellement compte. Au travail, je me sentais isolée, débordée, j’avais perdu confiance en moi. J’avais peur de tout, je dormais très mal. Progressivement, je me suis renfermée sur moi-même. Un jour, je suis allée voir mon directeur pour lui dire que je n’y arrivais plus. Il ne m’a pas entendue et n’a cessé de me faire des reproches. Quand je suis sortie de son bureau, je n’avais qu’une idée en tête : faire cesser cette souffrance ». Chantal, 52 ans, cadre de direction et une TS. (4)

C’est le triomphe d’un taylorisme dégénéré où l’ouvrier, l’employé ne seraient qu’une pièce de machine interchangeable. Les premières victimes sont celles qui croient encore en un investissement personnel dans leur travail.

À tout ça, on peut encore ajouter certains éléments passifs qui participent à entretenir des ambiances anxiogènes sur le lieu de travail. Les « opens-spaces » sont actuellement conçus pour que la moindre conversation s’entende dans plusieurs postes de travail. Un travailleur qui aurait alors une conversation va déranger immanquablement ces collègues. Cela a pour but d’éviter que les travailleurs ne perdent du temps en conversation inutile sur leur lieu de labeur. Dans le même sens, certains génies de la GRH ont imaginé mettre des miroirs sur tous les murs des espaces de détente. Bien sûr, cela agrandit l’espace. Mais surtout, ça oblige les travailleurs à se regarder lorsqu’ils vont prendre un thé ou un café, créant ainsi un climat d’autoculpabilisation qui réduit la durée des pauses. Puis il y a aussi la généralisation des cartes magnétiques pour ouvrir chaque porte dans l’entreprise. Cela permet de savoir exactement et à tout moment où se trouve chaque travailleur. Il devient alors impossible de gratter, même, cinq minutes dans les escaliers de secours, histoire de souffler un peu.
Tout ça sans même vous parler des détecteurs de présence au poste de travail, car il ne faudrait pas que vous restiez assis devant votre ordinateur sans rien faire.

Ce système de contraintes systématique n’est pas réservé aux petits employés, il s’étend également aux sous-chefs, aux chefs, aux cadres. Tous sont mis en concurrence les uns avec les autres. Les chefs craignent que les sous-chefs prennent leur place. Les sous-chefs craignent d’être dépassés par un employé.

Quand les travailleurs ont fait des études, ils espèrent acquérir une certaine stabilité à leur entrée dans le monde du travail. Pour les génies de la GRH, ce sentiment de stabilité nuit à la rentabilité des postes de travail. En promettant des possibilités de promotion, ils créent les conditions de mise en concurrences pour obtenir la promotion promise. Cela permet de lutter contre le sentiment de stabilité dans le travail qui nuit au rendement de chaque poste.

Brigitte Font Le Bret, psychiatre dit aussi :

« Depuis des années, tout est fait pour casser les collectifs de travail et les liens de solidarité. Or, le travail est collectif, et non individuel. Les drames sont l’expression de cet isolement des salariés ». (5)

Parallèlement à tout cela, le triomphe de la société individualiste participe à la déstructuration des solidarités collectives. Les travailleurs sont alors condamnés à être des individus isolés face à leur hiérarchie. Il n’est plus possible de partager son expérience quotidienne, d’obtenir un soutien ou de trouver une épaule compatissante. L’action syndicale, par essence collective, s’en trouve d’autant empêche.

Sachant maintenant tout cela, le suicide au travail ne peut pas, alors, être assimilé à un accident du travail. Car, le suicide au travail n’est pas le résultat de causes involontaires et imprévisibles comme nous venons de le démontrer.

Alors, ensemble battons-nous pour un collectif des travailleurs, pour un syndicat puissant.

A la semaine prochaine,
Vlad & Ernest

(1) Suicides chez France Telecom: nouveau bilan de la direction
http://www.slate.fr/story/13841/suicides-chez-france-telecom-nouveau-bilan-de-la-direction

(2) Suicide dans l’entreprise : l’ultime témoignage
http://www2.cnrs.fr/presse/journal/2198.htm

(3) suicide au travail, fatalité ou responsabilité ?
http://www.psy.be/travail/maletre/suicides-travail.htm

(4) (5) Travail : pourquoi tant de suicides
http://www.psychologies.com/Moi/Travail/Stress/Articles-et-Dossiers/Quand-le-travail-fait-mal/Travail-pourquoi-tant-de-suicides

Nouveau suicide chez Peugeot: décryptage d’un traumatisme
http://www.rue89.com/2007/07/17/nouveau-suicide-chez-peugeot-decryptage-dun-traumatisme

Renault: nouveau suicide au technocentre
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/renault-nouveau-suicide-au-technocentre_463036.html

«Le suicide apparaît comme un acte ultime de résistance» – 15/03/2007
http://www.liberation.fr/economie/010196632-le-suicide-apparait-comme-un-acte-ultime-de-resistance

« Le suicide au travail est le plus souvent lié à une transformation de l’organisation » – 13.08.09
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/13/le-suicide-au-travail-est-le-plus-souvent-lie-a-une-transformation-de-l-organisation_1228234_3234.html

Un suicide au travail est-il un accident du travail ? – 16 mars 2011
http://www.justice-en-ligne.be/spip.php?article282

Le salarié de France Télécom qui s’est immolé avait appelé à l’aide – 28/04/11
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110428.OBS2007/le-salarie-de-france-telecom-qui-s-est-immole-avait-appele-a-l-aide.html

36 ème suicide chez France Telecom
http://www.electronlibre.info/36-eme-suicide-chez-France-Telecom,01199

Un troisième suicide chez Lilly France
http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/un-troisieme-suicide-chez-lilly-france_987378.html

« Le choix de management de France Telecom relève de la délinquance industrielle »
http://www.usinenouvelle.com/article/le-choix-de-management-de-france-telecom-releve-de-la-delinquance-industrielle.N150801

Lire aussi sur le même sujet :
Catch me if you can !https://kokomag.wordpress.com/2009/02/21/catch-me-if-you-can/

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Commentaires»

1. Idesapoliplu - 29 avril 2011

2 questions:
-Quid des victimes non-suicidées?
-Raoul Castro possède t-il une bicyclette?


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